Programme de recherche

Tilmicosine

La tilmicosine permet-elle de réduire la virémie et l’impact clinique du syndrome dysgénésique et respiratoire du porc (SDRP)?

Robert Friendship1, Ron Johnson2, Susy Carman3, Josepha Delay3, Zvonimir Poljak1, Tim Blackwell4, Terri O’Sullivan1 Département de médecine des populations, Université de Guelph. Guelph (Ontario)1, Département des sciences biomédicales, Université de Guelph, Guelph (Ontario)2, ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario, Fergus (Ontario)3, Laboratoire de santé animale, Division des services de laboratoire, Université de Guelph. Guelph (Ontario)4

Le syndrome dysgénésique et respiratoire du porc (SDRP) est la maladie porcine la plus importante au Canada aujourd’hui. Une stratégie commune de lutte contre le SDRP dans un élevage consiste à inoculer les truies gestantes avec du sérum provenant d’un porc virémique afin d’engendrer une exposition uniforme et de développer rapidement l’immunité du troupeau. La procédure aboutit généralement à l’expression clinique de la maladie chez certaines des truies inoculées. Il est également devenu pratique courante de mettre le troupeau de truies sous antibiothérapie durant cette exposition contrôlée à la maladie avec l’intention première d’éviter une infection bactérienne secondaire. Selon certains rapports anecdotiques, la tilmicosine est devenue le traitement de premier choix, une situation qui pourrait être due à la croyance prêtant des propriétés antivirales à cet antibiotique. Des études in vitro ont démontré des signes d’activité antivirale qui pourrait rendre compte des bienfaits apparents au-delà du fait que la tilmicosine est un antibiotique efficace pour le contrôle des pneumopathies bactériennes. Les essais supervisés en champ n’ont cependant pas été effectués pour confirmer l’effet antiviral in vivo.

L’étude vise essentiellement à déterminer si l’aliment médicamenté à la tilmicosine réduit la virémie chez les porcs exposés au SDRP. Secondairement, il s’agit également de déterminer l’effet de la tilmicosine sur la pathologie pulmonaire et l’activité des macrophages.

Deux cents porcs (poids approximatif = 20 kg chacun) seront affectés au hasard à l’un des quatre groupes de traitement suivants : 1a. - Témoin négatif – alimentation combinée à 400 ppm de tilmicosine mais groupe non infecté par le virus du SDRP, 1b. Témoin négatif-négatif – alimentation non médicamenteuse et groupe non infecté par le virus du SDRP, 2. Témoin positif – groupe infecté par le virus du SDRP, mais ne recevant pas de tilmicosine, 3. Groupe infecté par le virus du SDRP et recevant des aliments pour animaux contenant 200 ppm de tilmicosine, 4. Groupe infecté par le virus du SDRP et recevant des aliments pour animaux contenant 400 ppm de tilmicosine. L’infection se fera par injection intramusculaire d’une dose de VVM-SDRP commercial.

Les sujets seront suivis sur une base quotidienne et le comportement, les signes cliniques et la température corporelle seront enregistrés. Une PCR quantitative sera réalisée sur des échantillons sériques pour évaluer la virémie et la tilmicosine sérique sera titrée par CLHP. Des macrophages alvéolaires pulmonaires seront isolés du liquide de lavage bronchoalvéolaire des 20 porcs, 2 et 14 jours après l’infection, afin d’évaluer les effets de la tilmicosine sur l’activité macrophagique dans les différents groupes. Au jour 14, une autopsie sera effectuée sur 10 porcs, comprenant des analyses histologiques et immunohistochimiques des poumons pour détecter le SDRP. Les concentrations pulmonaires de tilmicosine seront déterminées sur des échantillons multilobe par CLHP.

Le coût du traitement à la tilmicosine est estimé à environ 25 $ par truie, ce qui est relativement élevé. L’industrie canadienne du porc bénéficiera de la présente étude car elle permettra de déterminer si l’effet de la tilmicosine se limite aux infections bactériennes secondaires et si d’autres traitements sont plus efficients. D’autre part, si la tilmicosine permet de réduire la virémie, elle pourrait s’avérer un outil utile pour contrôler les épidémies de SDRP et juguler la propagation du virus. Les vétérinaires canadiens porcins en bénéficieront également parce que l’étude leur fournira des renseignements qui les aideront à planifier leurs stratégies thérapeutiques.